Haiku

Heure du couvre-feu - Haïbun

Heure du couvre-feu

Précieuses ces heures avant le couvre-feu ...Avant de rentrer se cloitrer dans le silence, j’ai pris l’habitude de profiter de ces derniers instants pour immortaliser un coucher de soleil, ou une rencontre fortuite qui tomberait à pic pour mettre du baume au cœur. Pour l’avoir repéré, je sais qu’un groupe de chevreuils sort de la clairière à son endroit favori et souvent aux mêmes créneaux horaires, 15 mn avant le couvre-feu, comme pour me narguer.

La chance est avec moi ! Broutant de jeunes pousses aux abords de la forêt, je distingue un groupe de chevreuils au loin. Toujours aux aguets, ils sont attentifs au moindre mouvement et, en cas de danger potentiel, ils se passent aussitôt l’information par des signaux visuels.

Certains m’ont vu mais, comme je me trouve en dehors de la ‘’distance de fuite’’, ils se contentent de me garder à l’œil, prêt à donner le signal pour que tout le monde prenne la poudre d’escampette !

l’air de rien
grignotant un roncier
il fixe l’objectif

 

heure du couvre-feu -
les poils clairs des fessiers
se détendent

La crainte qu’ils ont de moi, même si elle n’est pas justifiée, peut toutefois leur être salutaire puisque rien ne ressemble plus à un bipède qu’un autre bipède.
Ne pas rompre leur quiétude et tant pis si les photos sont un peu floues ou pixelisées, c’est le cœur plein d’émotions que je m’en retourne.

 

photos floues
reste l’instant magique
d’une rencontre

 

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La rouille sur les hêtres

cette année
la rouille sur les hêtres
me fait plus mal

Jean-Paul Gallmann
La rouille sur les hêtres -Ed. Via Domitia

Paru dans GONG N°71 Avril-Juin 2021 — page 16
AFH - Association Francophone de Haïku

Mon commentaire :

 

Ce qui m’importe le plus à la lecture d’un haïku, c’est l’émotion qu’il dégage, les questions qu’il engendre et qui me ramènent à ma propre expérience de vie.

De quoi nous parle l’auteur, quelle est cette douleur qu’il ressent ? Quel message veut-il nous faire passer ? Maladie, vieillesse, lassitude, tout est possible avec l’ouverture que nous laisse ce tercet.

Peu importe, j‘en prends conscience et je me laisse guider par mon imagination, mon vécu.

« Cette année » pour reprendre les termes de l’auteur, en pleine période de pandémie, je pense à la maladie,

à ce virus invisible qui ronge le monde, à la rouille qui s’installe sur nos vies limitées et au temps qui passe.

A la vieillesse aussi, qui nous fait prendre conscience brutalement que le temps est désormais vécu comme compté, mais avec sagesse. 

 

 

Type: 

La rouille sur les hêtres

Jean-Paul Gallmann
 La rouille sur les hêtres
Via Domitia 2021

J’ai aimé ce beau recueil émouvant, plein d’humour avec des illustrations aux multiples techniques très réussies.

Le tout forme un ensemble très agréable à lire, ou l’on passe d’un état d’âme à un autre, celui de l’auteur,

d’une émotion à une autre au gré de ce que lui inspire le moment présent.

Ces différentes humeurs témoignent de toutes les facettes de sa personnalité

authentique avec une sensibilité à fleur de peau et cet humour qui le caractérise.

L’oeil sans cesse à l’affût, Jean-Paul nous décrit les choses simples liées à la nature,

à son quotidien, à ses souvenirs de vacances,

le tout avec une économie de mots qui fait la force de ses haïkus.

C’est à travers son regard, au gré de ses humeurs,

que de page en page nous découvrons les haïkus de l’auteur,

livrés avec pudeur et délicatesse, fragments de son existence .

Je ne sais au juste quelle humeur j’aime le plus chez Jean-Paul,

cela dépend probablement aussi de la mienne au moment de la lecture.

Voici quelques textes choisis en mise en bouche, je vous en laisse deviner l’humeur.

Février 2021

Test -

le pied dans le lavabo

ça marche encore

 

Lampe en papier -

 à minuit je coupe le jus

à la mouche folle

 

Orteil charcuté -

je n’ai pas donné l’adresse

de Jean Moulin

Maman à l’hospice -

entre l’attente éternelle

et l’éternité

 

Maison neuve -

mes voisins me volent

mon couchant

 

 

Cette sirène -

au bout de la rue

un jour pour moi

 

 

Jolie joggeuse

laissant à ma place

siffler le merle

 

 

Trou de souris -

un petit filet d’arrosage

pour elle aussi

 

 

Type: 

HIA 2021 - Haiku International Association

chemin forestier -
loin de ce monde masqué
respirer l'automne


 
forest path -
far away from this masked world
breathing the autumn

 
 
森の径
このマスクを付けた世界から遠く離れて
秋を吸い込む


クリスティアーヌ・ラニエリ

Depuis novembre 2020, l’Association Francophone du haïku sur une initiative d'Eleonore Nickolay et l’Association internationale japonaise de haïku, située à Tokyo, (Haiku International Association en la personne d’Emiko Miyashita (https://think.iafor.org/tag/emiko-miyashita/) présentent des haïkus de leurs membres respectifs dans leurs revues et sur leurs sites respectifs.
Paru sur leur site : Mon haiku en japonais parmi 10 haikus sélectionnés dans Gong 70 (janvier 2021) traduction anglaise Eleonore Nickolay.

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Poèmes haillons

Félix Boulé
Poèmes haillons
Illustrations de Toufik Hedna
 Editions Hedna 2021
De petits poèmes tendres qui font chavirer le coeur, qui apaisent et qui nous emportent au fil de la lecture,
à la découverte des lieux et des personnes que l’auteur a croisé au cours de son existence.
Une poésie pleine d’amour ,délicate et sensuelle à souhait .
S’ajoute à cela des images, des sonorités, une musique, un rythme, en un mot de la belle poésie.
J'ai aimé la musique des mots, la sensibilité et la force qui s'en dégage.
Quelques extraits pour vous amis poètes;
il faut peu de mots pour dire l’essentiel, et ces mots semblent venir tout droit du fond de son âme .
Merci Félix
 Janvier 2021
Chant pour la forêt quittée (extrait)
«Lorsque faneront les jacinthes
Tout se remettra à l’endroit
Là s’achèvera ma complainte
Et raison reprendra ses droits »
Solstices (extrait)
«Longue longue nuit d’hiver
Mais passée dans tes bras
Avant qu’on ne s’en doute
Voici déjà l’aurore »
 
Je voudrais (extrait)
«Je te voudrais entre mes bras
Entre mes bras tremblants d’efforts
Captive que délivrera
La main atroce de la mort »
(Deuxième prix de poésie de l’Université
Populaire de Saint-Nazaire, 2010
)

 

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Haiku Connects Us

International Picture Postcard Project!
 Haiku Connects Us


The idea of a project of sending postcards from your local place with a word haiku - handwritten on the reverse side - has been on my mind for some time. However, I did not have courage to make it real. When I finally made a decision, I was only thinking about my close friends I was in touch with.

Yet, fate was different. Human kindness and the pandemic overlapped with one another.

My friends popularized the project worldwide without my knowledge. The first postcard came on February the 1st, later on came many more. Since March there has been a breakdown due to the pandemic. I get postcards that were on their way for 100 days, they are tattered and worn out but victorious.I wonder how many of them are there left in post bags?

 

Sending a postcard seems to be a simple act but in fact it isn't. Apart from financial aspect there is also time devoted to it and finally finding a postbox. Sometimes buying a postcard may be a challenge! For me the most interesting was a human factor. Who would be eager to give a litttle heart, thought or emphaty? I wasn't let down. The postcards I received speak to me with their image and handwritten haiku. Handwriting, stamp, postmark, sometimes earmarks are all precious to me, they make me become mentally closer to their sender. I can tell a lot about each and every postcad and I am very moved. Man is victorious, haiku is victorious, in the end we are all victorious and for that I thank you cordially.

 

L'idée d'un projet d'envoi de cartes postales depuis votre localité avec un mot haïku - manuscrit au verso - me préoccupe depuis un certain temps. Cependant, je n'ai pas eu le courage de le rendre réel. Quand j'ai finalement pris une décision, je ne pensais qu'à mes amis proches avec lesquels j'étais en contact.
Pourtant, le destin était différent. La gentillesse humaine et la pandémie se chevauchaient.Mes amis ont popularisé le projet dans le monde entier à mon insu. La première carte postale est arrivée le 1er février, plus tard en sont venues beaucoup d'autres. Depuis mars, il y a eu une panne due à la pandémie. Je reçois des cartes postales qui étaient en route depuis 100 jours, elles sont en lambeaux et usées mais victorieuses.Je me demande combien il en reste dans des sacs postaux?
Envoyer une carte postale semble être un acte simple mais en fait ce n'est pas le cas. Outre l'aspect financier, il y a aussi du temps qui y est consacré et enfin trouver une boîte aux lettres. Parfois, acheter une carte postale peut être un défi! Pour moi, le plus intéressant était le facteur humain. Qui serait désireux de donner un peu de cœur, de pensée ou d'empathie? Je n'ai pas été déçu. Les cartes postales que j'ai reçues me parlent avec leur image et leur haïku manuscrit. L'écriture, le timbre, le cachet de la poste, parfois les cachets me sont tous précieux, ils me rapprochent mentalement de leur expéditeur. Je peux en dire long sur chaque postcad et je suis très ému. L'homme est victorieux, le haïku est victorieux, à la fin nous sommes tous victorieux et pour cela je vous en remercie cordialement.
 
Krzysztof Kokot
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Falaise d'Aval

Michel Duflo

Falaise d’Aval  Haïkus et senryus

Illustrations Véronique Arnault Pippa, 2020

 

 

Partir en voyage en plein confinement c’est le plaisir que je me suis offert, en suivant Michel dans ce beau paysage que je connais un peu pour y avoir été au moins une fois !

Chaque haïku, ou senryu ouvre une porte à l’imagination, à la méditation, au voyage et on se surprend même à se reconnaître dans telle ou telle situation.

La simplicité des mots et leur justesse m’ont séduite, car qui dit simple dit authentique !

Aller à l’essentiel, l’auteur le fait si bien, tantôt en nous faisant rire ou sourire, tantôt en nous laissant pensif ou nostalgique ! …

L’humour juste ce qu’il faut, presque omniprésent est une bouffée de bonheur !

Ces fragments de souvenirs emportent le lecteur à travers les saisons et les instants vécus sans que jamais l’œil ne se détache du livre !

Difficile de faire un choix , j’y reviendrais sûrement, ce n’est que la mise en bouche !

Merci infiniment, Michel pour ce beau moment .

Novembre 2020

 

 

 

 

 

 

galets peint –

dix mille ans de tempêtes

en presse-papier

 

l’enfant assise

sur ma vieille hanche –

gémissements du vent d’automne

 

 

repas de Toussaint –

un bouquet d’estragon

au cul de la volaille

 

nuit sur neige –

la laideur du monde

deux fois effacée

 

Type: 

Concours Photos-Haïkus 2020 / AFH

4ème Concours Photos-Haïkus Sept 2020 AFH | 2ème Place


fin de l’automne —
la feuille morte
elle aussi

AFH - Association Francophone de Haïku

 

Commentaires d'Eleonore Nicolay :

Continuons avec deux œuvres qui m’ont plu pour le choix de leurs sujets. En des lieux où les passants ne voient rien d’intéressant, l’œil du photographe peut remarquer des objets, des scènes, qui méritent une mise en image. L’attitude du poète de haïku est similaire. Lui aussi est sensible à ce qui se déroule autour de lui au moment présent, même s’il s’agit de petites choses à première vue insignifiantes. C’est ainsi que Christiane Ranieri, avec sa sensibilité de photographe et de poétesse de haïku, a remarqué cette feuille morte flottant sur l’eau. La performance de son appareil photo lui a permis d’obtenir cette prise macrographique au point de rendre visibles les gouttelettes d’eau sur la feuille. A remarquer également le soin avec lequel elle a disposé les trois lignes de son haïku. L’image comme le poème font résonner en moi le deuil d’une personne chère. Les couleurs chaudes de la photo s’opposent au froid de l’hiver qui approche. Le lien entre photo et poème est évident, et même un peu trop évident à mes yeux : feuille morte sur la photo, feuille morte évoquée dans le poème, gouttelettes qui font immédiatement penser aux larmes.

 

 

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